Amour ou passion : comment distinguer?

Lorsque j’écris mes articles, il m’arrive souvent d’interviewer des spécialistes en relations amoureuses. L’un de ceux qui m’a le plus marquée est le psychologue clinicien et auteur Yvon Dallaire avec sa théorie sur l’amour et la passion. Je m’explique.

Par Alexandra Roy

Lorsque j’avais 15 ans, à l’école secondaire, je croyais que j’étais en amour par-dessus la tête avec un garçon que je ne connaissais pas. Tout ce que je savais, c’est qu’il était beau comme un Dieu, qu’il s’appelait Justin (nom fictif) et qu’il était l’amour de ma vie.

Je le voyais dans ma soupe, ne pensais qu’à lui jour et nuit, et étais convaincue que c’était ça, l’amour, qu’il n’y avait que lui sur la terre, qu’il était mon âme soeur, et que si notre union ne fonctionnait pas, plus jamais je ne vivrais une chose semblable.

J’ai eu raison pour ce dernier point, car je n’ai plus jamais revécu quelque chose de similaire. Sauf qu’à cette époque, j’étais à des années-lumière de m’imaginer à quel point mes pensées et mes croyances étaient chimériques.

Une illusion

En effet, des années plus tard, après avoir effectué des recherches sur le sujet, je me rends compte à quel point tout ceci n’était qu’une illusion et qu’en réalité, ce que je prenais pour de l’amour s’avérait en fait être de la passion. Voici comment distinguer les deux.

Vous savez, lorsque vous croisez quelqu’un pour la première fois (ou après) et que vous ressentez des papillons dans l’estomac, que vos genoux se mettent à flancher, que vous perdez vos moyens et que vous vous mettez à rêvasser et à vous imaginer des scènes dignes des plus grands contes de fées avec cette personne?

Eh bien, c’est ça, la passion. Ce sentiment intense qui nous fait vibrer et qui fait en sorte que l’on se sent renaître et flotter et s’imaginer en train de parcourir le monde et de vivre heureux jusqu’à la fin des temps, comme Cendrillon, avec notre prince charmant ou princesse.

Subjugué par la passion, on se croit prêt à tout, même à mourir pour l’être aimé.

Or, ce sentiment, bien qu’il existe, est une illusion, car en réalité, tel que me l’a expliqué Yvon Dallaire, en entrevue : «Au moment de la passion, nous ne sommes pas en amour avec l’autre; nous sommes en amour avec des émotions, des sentiments et des rêves.»

En d’autres mots, nous sommes en amour avec les sentiments que nous éprouvons en présence de l’autre, et non avec la personne elle-même. C’est donc très narcissique comme sentiment.

Le vrai visage de l’autre

Un autre cas auquel je pourrais penser, pour illustrer ce qu’est la passion, est celui d’un amant – un «fling», comme je l’appelais – que j’ai rencontré en voyage et avec qui j’ai vécu deux des plus belles semaines de ma vie.

J’étais convaincue qu’une fois revenus au pays, nous continuerions notre beau conte de fées et que nous formerions un couple solide et heureux jusqu’à la fin des temps, mais tôt ou tard, la réalité a fini par nous rattraper et nous avons découvert le vrai visage de l’autre.

Nous n’étions plus les mêmes amoureux flottant sur notre nuage de voyage pour qui tout autour était merveilleux et idyllique. Nous étions redevenus nous-mêmes, avec nos défauts et qualités, dans notre réalité quotidienne.

Or, c’est précisément à cet instant, lorsque l’on découvre la vraie nature de l’autre, avec ses défauts et qualités, que l’amour véritable est censé naître ou mourir. Tel que l’explique Yvon Dallaire: «L’amour, c’est une décision que l’on prend après avoir découvert l’autre sous son vrai jour.»

Eh bien, le mien est mort dans l’œuf, car en fait, il n’a jamais eu le temps de voir le jour. J’étais trop aveuglée par la passion et subjuguée par les sentiments que j’éprouvais en sa présence. Résultat: cela m’a empêchée de voir mon compagnon sous son vrai jour et de prendre une décision éclairée.

S’engager sans connaître l’autre

Souvent, aveuglés par la passion, nous nous laissons emporter par nos sentiments et nous nous engageons sans prendre la peine de connaître la personne qui se trouve en face de nous. Une erreur, selon Yvon Dallaire.

Nous donnons à l’autre le bon Dieu sans confession, c’est-à-dire que nous nous adonnons à des ébats passionnés, nous nous mettons à emménager chez l’autre et à lui demander sa main; bref à brûler une série d’étapes qui finissent par nous rattraper.

Résultat, nous nous réveillons six mois ou trois ans plus tard, désillusionnés et déçus, et nous croyons être en peine d’amour. Or, la passion dure tout au plus trois ans et donc, les chances sont que ce que vous prenez pour une peine d’amour s’avère en fait une blessure d’égo et d’orgueil.

Pour éviter le désenchantement

Le secret, si vous voulez éviter d’être déçu en amour, c’est de oui, se baser sur l’attirance physique pour choisir son partenaire, car celle-ci est essentielle pour assurer le succès d’un couple à long terme, mais de prendre le temps de connaître l’autre avant de vous donner aveuglément et de vous engager. Car ce n’est pas tout de choisir quelqu’un qui nous attire de l’extérieur; il faut aussi s’assurer que cette personne est compatible et partage les mêmes valeurs à l’intérieur.

Yvon Dallaire conseille de fréquenter l’autre de trois à six mois avant de coucher avec lui. Pendant ce temps, vous pouvez lui faire miroiter à quel point vous êtes un être de plaisir, mais l’idée est de ne pas tout donner d’un coup avant d’être certain que l’autre personne est compatible.

De cette manière, vous éviterez de vous réveiller un beau matin, dans trois mois ou trois ans, déçu, car vous vous êtes rendu compte que le beau prince ou la belle princesse que vous aviez tant cru aimer s’avère en fait être un horrible crapaud ou sorcière avec lequel vous ne pourriez vous imaginer une seconde vivre au quotidien.

Ce phénomène, que l’on appelle le désenchantement, est la cause de 65 % à 80 % des divorces, selon Yvon Dallaire.

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